action Nouveaux commanditaires – Fondation de France

En 2000, la Fondation de France a mandaté Valérie Cudel alors directrice d’art3 (de 2000 à 2009) pour la mise en œuvre de l’action Nouveaux commanditaires en Rhône-Alpes, en Auvergne et en Midi-Pyrénées.

L’action Nouveaux commanditaires permet à des citoyens confrontés à des enjeux de société ou de développement d’un territoire, d’associer des artistes contemporains à leurs préoccupations par le biais d’une commande. Son originalité repose sur une conjonction nouvelle entre trois acteurs privilégiés : l’artiste, le citoyen commanditaire et le médiateur culturel agréé par la Fondation de France, accompagnés des partenaires publics et privés réunis autour d’un projet.
http://www.nouveauxcommanditaires.eu/

Projets réalisés : Artiste : Cécile Bart
Et pluie le soleil
, Maison d’enfants l’Arc-en-Ciel, Thiers / Puy-de-Dôme, région Auvergne, oeuvre inaugurée en novembre 2003

Et pluie le soleil !, 2007
Texte : Mona Thomas
Photographies : Pierre Leguillon
48 p. , ill. coul. ; 22 x 17 cm
ISBN 978-2-912342-32-7
éd. art3
18 €

Commanditaires : des membres du personnel de la maison d’enfants l’Arc-en-Ciel
La commande : Située à la campagne sur le lieu-dit de Chassignol, à proximité de la ville de Thiers, la Maison Arc-en-Ciel, accueille une cinquantaine d’enfants de familles en difficulté, tous âgés entre 4 et15 ans. La fonction de l’institution est éducative : il importe de favoriser un « bien être contenant », pour des enfants confrontés à une étape de la vie difficile.  lire la suite

Cécile Bart, Et pluie le soleil, 2003 Œuvre réalisée à la Maison d’Enfants l’Arc-en-Ciel à Thiers (Auvergne) photos : Audrey Marlhens et Catherine Savary, 2004

Partenaires : La Fondation de France dans le cadre de l’action Nouveaux commanditaires, le ministère de la Culture et de la Communication au titre de la commande publique (DAP/ CNAP, DRAC Auvergne) les soeurs de la charité de Nevers, le Conseil général du Puy de Dôme, le Conseil régional d’Auvergne, l’ADSEA, le comité d’entreprise de l’ADSEA, Procter & Gamble France, la Caisse d’épargne d’Auvergne et du Limousin, les Peintures minérales Keim

Publié dans action Nouveaux commanditaires | Laisser un commentaire

art3 Valence et LE CAP de Saint-Fons invitent Raffaella Spagna & Andrea Caretto : une expérience artistique à l’échelle du paysage

De la Vallée de la chimie au Port de Valence,
Une expérience artistique à l’échelle du paysage

Raffaella Spagna & Andrea Caretto

Retour sans préavis
Exposition
du 23 septembre au 5 novembre 2011
à art3

Suite à la première restitution au CAP de Saint-Fons de la résidence des artistes Raffaella Spagna et Andrea Caretto, art3 accueille la dernière étape du projet débuté à l’automne 2010. Différents rendez-vous ont contribué à enrichir la lecture du paysage contrasté qui s’étend entre Saint-Fons et Valence. C’est à l’aide d’éléments directement prélevés dans le fleuve que les artistes ont réalisé les formes plastiques par lesquelles ils ont abordé toute la pluralité rhodanienne.
lire la suite


tracts dispersés dans la ville de Valence – Photos Anna Brixner

Digue du Rhône, Valence (10-03-2011), Île de la Table Ronde, Vernaison (22-11-2010), Île de la Goulue Gervans (28-11-2010), Ecluse de Pierre Bénite (30-11-2010), Tunnel de Valence (10-03-2011), carte postale de Valence © Collection Guy Dürrenmatt – archive Maison du Fleuve Rhône, Givors, Grottes Mandrin, Plateau de Lautagne, Valence (16-03-2011), Image extraite du film « Les Pirates du Rhône », Jean Aurenche, Pierre Charbonnier, 1933 – archive Maison du Fleuve Rhône, Givors.


Performance au bord du Rhône Valence « Ramener le Rhône à Valence » photos ALeplatre

La fontana dei 19 gradini (La fontaine des 19 marches) Eau du Rhône, boites en plastiques, fils de nylon, tuyaux PVC transparent d’oenologie, pompe hydraulique, raccords hydrauliques, bassin pour lacs artificiels photo Aleplatre

___________________________________________________

Raffaella Spagna & Andrea Caretto

On ne peut pas descendre deux fois dans le même fleuve
Exposition
du 24 mai au 13 juillet 2011

Au CAP de Saint-Fons


Vue de l’exposition au CAP / Table lumineuse et paraffine (détail) – photo ALeplatre

Performance à la Maison de l’eau de Saint-Fons

Performance de Raffaella Spagna et Andrea Caretto – photos Le CAP / ALeplatre

Le plus en amont du territoire investi, le CAP de Saint-Fons montre une première restitution de la résidence que les artistes Raffaella Spagna et Andrea Caretto ont menée depuis le mois de novembre dans le couloir rhodanien, entre la Vallée de la Chimie et le Port de Valence. A partir de l’exploration de ce territoire, des constats et interrogations engendrés par un paysage contrasté (Rhône canalisé coupé de ses riverains et « vieux » Rhône en quête de « sauvagerie »), l’exposition offre un écho critique et plastique aux enjeux politiques actuel de réconciliation avec le fleuve. En attendant la deuxième restitution, en aval, à art3 de Valence, cette étape propose un environnement d’objets et de structures à la croisée d’une expérience physique et sensible, anthropologique et économique. Ces œuvres transitoires, aux matériaux
issus du fleuve, volontairement intégrées dans un continuum temporel, questionneront ce qui subsiste de la connaissance intime d’un milieu, de la relation entre énergie humaine et fluviale.
Anne Giffon-Selle, Sylvie Vojik

Au CAP, montage de l’exposition en cours


___________________________________________________

Rencontre avec les artistes Raffaella Spagna & Andrea Caretto
samedi 12 mars 2011
à Moly-Sabata, Sablons
AleplatreALeplatreALeplatreALeplatreALeplatreALeplatreALeplatreALeplatre
Présentation de la recherche en cours , atelier de Moly-Sabata, Groupe au bord du Rhône – photo ALeplatre

Suite à l’invitation de l’association art3 de Valence et du CAP de la ville de Saint-Fons, le duo de plasticiens turinois Raffaella Spagna et Andrea Caretto investissent ce territoire de la Vallée du Rhône situé entre le sud de l’agglomération lyonnaise et Valence, où alternent paysages ruraux et industriels, îles, lônes et Rhône canalisé. Ils réfléchissent sur les composantes géographiques, botaniques, économiques et humaines de cette aire desservie et façonnée par le fleuve, pour en restituer plastiquement les dynamiques et les questionnements.
Lors de leurs séjours de recherche, les artistes séjournent à mi- distance des deux lieux dans les ateliers de Moly Sabata à Sablons.

Le projet est soutenu par l’Europe FEDER (Région Rhône-Alpes – Plan Rhône), Etat (FNADT – Plan Rhône), Région Rhône-Alpes.
En partenariat avec Moly-Sabata résidences artistiques – Fondation Albert Gleizes, la Maison du Fleuve Rhône (Givors), Fondation de France, Arkema.

spagna&carettospagna&carettospagna&carettospagna&caretto

Ecluse Pierre-Bénite; Ile de la Platière – © Raffaella Spagna & Andrea Caretto

Des plasticiens à la croisée de l’art et des sciences
Raffaella Spagna et Andrea Caretto travaillent ensemble depuis 2002. Leur travail prend les formes les plus variées de l’installation, de la performance, du film, des actions ou des dispositifs participatifs. Leurs œuvres interrogent notre relation au vivant et à l’environnement naturel, ainsi que la complexité des processus de transformation naturels et artificiels (cycle organique des matières premières, domestication des paysages et des espèces végétales, etc.).
De leur formation initiale (paysagiste pour Raffaella Spagna et sciences naturelles pour Andrea Caretto), les deux artistes conservent le goût de la collecte, de la classification et de la conservation des éléments naturels dont ils étudient l’évolution à partir d’études de terrain. Leurs œuvres mettent en évidence ou ébranlent les frontières entre l’état naturel et la domestication de nos ressources, en interrogent la valeur symbolique, organique ou économique.
Loin de l’approche globalisante et parfois démiurgique du Land Art par exemple, leurs interventions et réalisations réintroduisent une gestuelle quotidienne dans l’immensité d’un paysage ou dans la complexité du vivant : cueillette, bricolage, artisanat, cultures et techniques de construction ancestrales deviennent des instruments de connaissance à même de restaurer une relation entre macro- et microcosme biologique, de rétablir un flux ou un cycle de croissance interrompu par quelque impératif économique. La forme plastique propose la synthèse visuelle d’un ensemble de constats et de questionnements. Elle n’est plus un aboutissement mais une étape au sein d’un processus de métamorphose, le point de rétablissement d’une connexion, de résurgence d’une histoire parfois occultée de notre relation au vivant.

spagna&caretto

Plateforme chimique Péage du Roussillon - © R. Spagna & A. Caretto

Les premières impressions et pistes de réflexion :

Une approche taxinomique :
D’un premier contact prolongé avec le fleuve, les artistes en ont retenu l’extrême domestication et les « blessures » qui s’ensuivent : villes totalement aliénées de leur fleuve (Valence, Saint-Fons), rectitude et grande simplification formelles des aménagements et des divers ouvrages, caractéristiques selon eux d’un rationalisme et d’un positivisme tout français ! Le fleuve leur est ainsi apparu comme un immense couloir de circulation de marchandises, avec l’une des plus grandes concentrations d’usines en Europe, façonnant ça et là des paysages post industriels dignes de la meilleure anticipation. Ils ont noté de nombreux vestiges d’ouvrages témoins des premières tentatives de domestication mais aussi de la force du fleuve : anciennes écluses, observatoires, digues, quais…. Le retour au naturel préconisé depuis 10 ans apparaît alors tout de surface, comme une pellicule artificielle posée sur une structuration préexistante. Cette nature sauvage reste essentiellement mythique, telle que nous l’ont léguée contes et légendes de pirates.

En préambule à tout projet, les artistes ont regroupé tous les documents et photographies qu’ils ont récoltés selon une typologie en huit « macro-sujets » : les flux, la rectification, le rapport d’échelle, la sauvagerie, les solides géométriques, la science-fiction et les fantômes. Cette taxinomie connote bien leur démarche d’une méthodologie scientifique. Mais chaque terme induit aussi toute une arborescence d’associations : par exemple, les flux d’énergie et de matière impliquent autant une force, une érosion qu’un danger ; la rectification évoque la domestication du fleuve, voire la blessure, mais également une modélisation et une rationalité chère aux français ; et enfin, la sauvagerie toute relative du fleuve nous renvoie à ses contraires, l’appropriation et la clôture. Mais, contrairement à une typologie classique, ces « tags clouds » s’avèrent mouvants, se compénètrent.

A partir de ce « programme », c’est un contact quasi physique avec le fleuve qu’ils vont tenter de rétablir tant à Valence qu’à Saint-Fons. Au CAP, c’est la dualité entre une sauvagerie incontrôlable et la rectitude formelle des aménagements que les artistes tenteront de transmettre, une dualité qui s’exprimera à travers une relation inversée du dedans au dehors. A Valence, une succession d’actions dans l’espace urbain ramènera symboliquement le fleuve dans la ville qu’il pénétrait jadis. Sur les deux territoires, ils souhaitent rétablir ce point de vue sur le fleuve qui a disparu.


Des actions de sensibilisation en direction des riverains

Cette résidence permet de mêler en une même démarche de médiation attractive une sensibilisation des publics au processus artistique et à la présence et à l’histoire du fleuve Rhône. C’est ainsi qu’auront lieu, pour les publics des deux villes, des visites de l’atelier des artistes à Moly Sabata en bordure du Rhône (12 mars 2011), des visites d’expositions (juin et septembre 2011), des actions en milieu scolaire, des ateliers de pratique artistique en direction des publics empêchés (action « Et au milieu coule une rivière » avec enfants et parents de Saint-Fons).

spagna&carettospagna&caretto

Ile de la Platière nord; caillou, Arkema Saint-Fons - © Raffaella Spagna & Andrea Caretto

+ liens sur nos sites
www.art-3.org

www.saint-fons.fr

www.adele-lyon.fr

Publié dans art3 / LE CAP | Laisser un commentaire

Au milieu coule une rivière

Dans le cadre du projet : Raffaella Spagna et Andrea Caretto
une expérience à l’échelle du paysage

Le CAP de Saint-Fons profite de la résidence « fluviale » qu’il organise avec art3 pour les artistes turinois Raffaella Spagna et Andrea Caretto, pour initier auprès d’un groupe d’enfants de la Ville de Saint-Fons et de leurs parents, une action de sensibilisation artistique et environnementale. « Et au milieu coule une rivière » vise, par l’intermédiaire de réalisations plastiques, à une redécouverte de la présence fluviale sur leur territoire de vie, une présence occultée par le développement urbain et industriel.de la ville. Cette « reconquête » de la dimension historique, humaine et économique du fleuve s’effectuera à travers l’exploration et l’expérimentation des relations que l’art entretient avec le paysage et le vivant : lecture photographique de la Vallée de la Chimie, atelier et croquis d’après nature sur l’île de la Chèvre, exploration des matériaux naturels, approche du land Art, etc. Projet transversal par excellence, la démarche s’effectuera également grâce à une approche pluridisciplinaire du paysage : géographique (visite de la Maison du Fleuve Rhône de Givors), urbanistique (lecture du paysage de la Vallée de la Chimie), social (rencontre avec des ouvriers retraités de la Vallée de la Chimie) et imaginaire (rencontre avec des descendants de pirates du Rhône). Grâce à la nouvelle implantation du CAP, en lisière d’un parc et en surplomb de la Vallée de la Chimie et du Rhône, les participants seront en prise directe avec leur sujet et les ateliers pourront se dérouler en plein air. Forts de toute cette exploration et accompagnés par un artiste intervenant, ils pourront alors donner forme à l’expression singulière de leur propre relation au fleuve.


Groupe d’enfants à Moly-Sabata (Sablons) – Rencontre avec les artistes, 7 mars 2011 / Moly-Sabata, 7 mars 2011 / Sur l’île de la Chèvre, atelier du 8 mars 2011 / Collecte sur l’île de la Chèvre, atelier du 8 mars 2011 / Après la collecte, atelier des vacances d’hiver, 10 mars 2011

Avec le soutien de la Fondation de France

Publié dans art3 / LE CAP | Laisser un commentaire

Regards croisés sur les paysages 2005 – 2008 : Présentation

Parcs naturels régionaux du Pilat, des Monts d’Ardèche et du Vercors
Ceci n’est pas une usine, Sur le sentier des Lauzes, La Halle de Pont-en-Royans et art3

Développé en Rhône-Alpes, il a été initié par les parcs naturels régionaux du Pilat, du Vercors et des Monts d’Ardèche en collaboration avec art3 pour la conception artistique.
Donnant voie à la recherche comme à la création, ce programme a ouvert et développé un espace de réflexion sur des questions de paysage en proposant des expériences singulières sur chaque territoire avec les associations relais, Ceci n’est pas une usine, Sur le sentier des Lauzes et La Halle de Pont-en-Royans.

Artistes invités de 2005 à 2007 : George Trakas, Patrick Corillon, Lois et Franziska Weinberger, Gilles Clément, Ivo Provoost et Simona Denicolai, Akio Suzuki, Jean-Daniel Berclaz, Sophie Ristelhueber, Bethan Huws

Catherine Grout, chercheur en esthétique qui a été invitée à suivre les projets artistiques dans la durée, et Emmanuel Négrier, chercheur en science politique, poursuivent les analyses au sein d’une publication qui exposera la genèse et les enjeux de ce programme ambitieux.

Mardi 10 juin 2008, une journée de conférences a clôturé ce programme avec la présentation de l’ouvrage coédité par Jean-Pierre Huguet et art3.

______________________________
« Regards croisés sur les paysages ” est un projet de coopération qui s’inscrit dans le cadre du programme européen Leader+. Il bénéficie également d’une aide au projet du Conseil régional Rhône-Alpes, du soutien de la DRAC Rhône-Alpes, des Départements de l’Ardèche, de la Drôme, de l’Isère et de la Loire.
_______________________________

Parc naturel régional du Pilat / Ceci n’est pas une usine
George Trakas Patrick Corillon Lois & Franziska Weinberger
hiver 2005 séjour de George Trakas présentation de son oeuvre au public
été 2006 séjour de Patrick Corillon
octobre 2006 séjour de Patrick Corillon
février 2007 séjour et choix du site de George Trakas
février 2007 visite de Lois & Franziska Weinberger
mai 2007 séjour de Patrick Corillon
mai – juin 2007 réalisation de l’œuvre de George Trakas
septembre 2007 séjour deLois & Franziska Weinberger
28-29-30 septembre 2007 parcours interparcs

Parc naturel régional des monts d’Ardèche / Sur le sentier des Lauzes
Gilles Clément Ivo Provoost & Simona Denicolai Akio Suzuki

août 2005 visite de Gilles Clément
février 2006 visite de Ivo Provoost & Simona Denicolai
avril 2006 séjour de Gilles Clément
août-septembre 2006 séjour de Ivo Provoost & Simona Denicolai
novembre 2006 séjour de Gilles Clément présentation du projet
avril 2007 réalisation du site de Gilles Clément
12 mai 2007 inauguration de l’atelier refuge en présence des artistes
mai-juin 2007 séjour et intervention de Akio Suzuki
juillet 2007 réalisation de l’installation de Ivo Provoost & Simona Denicolai

Parc naturel régional du Vercors / La Halle de Pont en Royans
Jean Daniel Berclaz – Le Musée du point de vue / Sophie Ristelhueber / Bethan Huws

juillet 2005 séjour de Jean Daniel Berclaz
du 30 juin au 13 septembre 2006 exposition de Jean Daniel Berclaz /
Le Musée du point de vue, à la Halle de Pont-en-Royans
juillet 2006 visite de Sophie Ristelhueber
12 août 2006 vernissages “Nomades” sur le plateau de Léoncel,
Jean Daniel Berclaz /Le Musée du point de vue
août 2006 visite de Bethan Huws
septembre – octobre 2006 tournage de Sophie Ristelhueber
octobre 2006 séjour de Bethan Huws
mars 2007 séjour de Bethan Huws
juin 2007 séjour de Bethan Huws
28-29-30 septembre 2007 parcours interparcs

Publié dans Regards croisés sur les paysages 2005- 2008 | Laisser un commentaire

Parc naturel régional du Pilat : George Trakas – Patrick Corillon – Lois & Franziska Weinberger

George Trakas

Le Parc naturel régional du Pilat est particulièrement attentif à la zone protégée des crêts, cœur géographique et identitaire du massif, vaste secteur peu habité, à la silhouette emblématique ayant pour vocation de rester un espace de nature préservée, gérée durablement. Ce site fait l’objet de mesures visant à la réimplantation de pratiques sylvicoles et agricoles adaptées et au développement d’un tourisme doux,non polluant,maîtrisé. Néanmoins, les équipements existants ou à venir sur ces espaces identifiés comme «remarquables», peuvent provoquer des effets contraires à ceux escomptés et l’attitude consumériste des touristes,conduit parfois à une dégradation de certains de ces lieux.



Après avoir arpenté la zone des crêtes,  George Trakas a choisi de proposer une intervention sur le site du col du Gratteau. Un espace assez vaste en bordure de la route fait office de parking pour les randonneurs,mais c’est aussi un remblai aménagé par la DDE de la Loire pour y déposer du matériel. Ce lieu a retenu l’attention de George Trakas pour deux raisons. La première est que cet endroit offre un point de vue exceptionnel sur le paysage eten particulier sur les «Trois Dents»,site emblématique du Parc. La seconde est qu’il en part un ancien sentier de chasseurs qui conduit en ligne droite vers les Trois Dents. Au bord du remblai, côté paysage, George Trakas a construit une structure composée de six plateformes métalliques habillées de bois brut et bordées côté parking d’une rambarde également en métal habillé de bois,comme une promenade qui permet la contemplation du paysage et qu’il a appelé «Quai des trois Dents». On peut s’y asseoir, un aménagement est prévu à cet effet face au paysage. Cette passerelle aboutit à des marches métalliques qui épousent la pente et amènent au départ du sentier,la seconde partie de l’œuvre de George Trakas. Ce sentier était délaissé, il a la particularité de traverser des lieux dont les caractéristiques géologiques et végétales sont très représentatives de la zone des crêtes. George Trakas a permis qu’il soit réouvert, retravaillant lui-même le tracé, y introduisant quelques signes subtils de son passage en lien avec les matériaux du «quai », engageant le corps du marcheur/spectateur dans une relation forte avec le paysage. Le «Quai des trois dents» est une sculpture que George Trakas a conçue comme un aménagement de cet espace sans qualité ni véritable affectation, lui apportant une présence et une intensité qui force le visiteur à faire l’expérience de ce lieu et de son rapport au paysage.

Le quai des trois dents – photo Christophe Gonnet

Patrick Corillon

Surplombant les grandes vallées urbaines,la zone des «balcons»,où s’organise la vie sociale et économique du Parc naturel régional du Pilat, souligne l’une de ses particularités, à savoir son passé industriel dans le domaine du textile, de la passementerie et du tissage,qui connut son plein essor au XIXe siècle. Une architecture industrielle à forte présence,s ymbole d’une histoire récente et parfois source de nostalgie, voisine avec des espaces préservés dits «de pleine nature». Les habitants,selon leur attachement à l’histoire de ce passé industriel, participent donc de façon sensiblement différente aux transformations de leur paysage.
Pour répondre à cette demande Patrick Corillon réalise un livre où il évoque le passé industriel du Pilat dans ce qui le lie au paysage. Dans un premier temps Patrick Corillon évoque la période de vie des ouvrières travaillantdans les ateliers.Leurs regards parfois se perdaient dans les taches d’huile qui imprégnaient le bois des planchers pour les amener vers la vision de paysages familiers. Le lecteur est invité à plonger dans une première série de dessins, sombres, inspirés des veines du bois imprégné d’huile, et à y circuler selon sa propre expérience ou sa connaissance des lieux.

Edition Patrick Corillon, la Conservation des paysages humides © Ceci n’est pas une usine
Le deuxième chapitre correspond au passé industriel révolu. Les mêmes personnes redécouvrant les lieux, retrouvent furtivement le souvenir de l’évocation de ces paysages dans un éclat de lumière sur les craquelures de la peinture des murs.Cette seconde série de dessins, plus légers, amènent le lecteur à parcourir des moments et des lieux familiers. Patrick Corillon construit son livre comme une promenade, une découverte des paysages dans la matière et les matériaux auxquels répond la diversité des papiers utilisés pour sa réalisation.

Des noms de lieux jouent avec les dessins, apparaissent, disparaissent, évocateurs d’endroits connus pour les uns,ils sont sonores et poétiques pour les autres. Sorte de «boîte mentale du paysage»,le livre de Patrick Corillon explore la fragilité de ce qui fait exister le paysage : un moment, la rencontre d’un rayon de soleil et d’une tache d’huile, le reflet de la fenêtre sur des craquelures. Le passé, pour certains empreint de nostalgie, fait écho aux moments présents à la fois souvenirs d’autrefois et découverte de lieux et d’autres paysages.

Lois et Franziska Weinberger

Le Parc naturel régional du Pilat mène une réflexion sur ses «lisières», espaces situés aux portes de grandes agglomérations comme Lyon, Saint-Etienne ou Givors, longés par le couloir de circulation rhodanien et marqués par la présence de grands sites industriels. Les réglementations qu’impose la charte d’un parc naturel sont directement confrontées à la pression créée par l’accroissement économique, démographique ou industriel de la région. Néanmoins, un dialogue s’instaure, des paysages se construisent et les rapports que les hommes entretiennent avec la nature génèrent de nouveaux modes de représentation.
Lois et Franziska Weinberger développent un travail qui, par une approche poétique, réinterroge et explore les lisières mouvantes et souvent indécises entre nature et culture, artificiel et naturel. Sollicités pour travailler sur la zone de «frontière» du parc du Pilat, entre le massif rural et la ville, leur intervention a lieu dans un espace protégé «le bois d’Avaize» espace de nature dans la zone urbaine, extérieure au territoire du parc mais incluse dans son champ d’action. Ils ont choisi de parsemer cette zone d’une vingtaine de plaques, comportant des textes ou des dessins évoquant des plantes rudérales. Ils focalisent notre attention sur les espaces de ruptures urbaines, de discontinuité, de césures, où la culture etla nature se recouvrent en construisant une relation quasi symbiotique. En pointant ces zones en marge, le plus souvent abandonnées, ne devant leur existence propre qu’à une forme d’indifférence, Lois et Franziska Weinberger soulignent l’apparition d’une nature reléguée au second plan et non plus centrale et idéalisée, mais parfois hybride, insaisissable ou hostile,mais qu’ils accueillent dans sa singularité.

Dessin sérigraphié sur tôle émaillée © Lois & Franziska Weinberger

Publié dans Regards croisés sur les paysages 2005- 2008, Regards croisés sur les paysages : G.Trakas, P. Corillon, F.&L. Weinberger | Laisser un commentaire

Parc naturel régional du Vercors : Jean-Daniel Berclaz – Sophie Ristelhueber – Bethan Huws

Jean Daniel Berclaz

Le plateau de Léoncel, site à fort caractère patrimonial, est le lieu choisi par le Parc naturel régional du Vercors pour mener une première réflexion.
La forte déprise agricole et une diminution importante de la population ont entraîné un « réemboisement » de ce territoire qui a pour conséquence une fermeture du paysage et le retour à un aspect « sauvage » parfois approuvé par le résidant occasionnel.
Mais cette vision esthétisante d’une certaine idée de « nature » ne fait pas l’unanimité. Elle s’oppose à celle de l’habitant qui a établi un lien quotidien et singulier avec son environnement. Jean Daniel Berclaz est l’artiste invité par le Parc pour explorer, en une sorte d’état des lieux, ce paysage singulier, protégé, à la fois touristique et peu pratiqué.

Il se propose dans un premier temps de rencontrer les habitants du territoire de Léoncel et d’entendre leurs points de vue sur ce paysage qui les entoure. Les points de vue très personnels de Ghyslaine, Philippe, Serge et Maurice sont partagés lors d’une restitution publique. Celle-ci se déroule sous la forme devernissages nomades du « Musée du Point de Vue » au cours d’une journée durant laquelle les spectateurs sont conviés à une contemplation festive des lieux choisis qui dessinent une cartographie sensible du territoire. Le parcours des habitants de Léoncel est accompagné d’une signalétique spécifique installée par Jean Daniel Berclaz et liée à l’iconographie de pictogrammes internationaux des points de vue touristiques.

Une exposition à la Halle de Pont en Royans restitue l’enregistrement des entretiens entre Jean Daniel Berclaz et les habitants de Léoncel. Elle présente également des photos de différents vernissages du Musée du Point de Vue en Europe ainsi qu’une boutique proposant, entre autres objets, une valise/kit de vernissage.


Le vernissage du Musée du point de vue © Jean Daniel Berclaz

Sophie Ristelhueber

Après des années d’exode rural et de vision négative des campagnes, celles-ci jouissent à nouveau d’une image attractive dans la société française. Pour répondre aux attentes de consommation des nouveaux venus, certaines communes du Vercors s’engagent dans des aménagements successifs, provoquant l’apparition d’infrastructures qui modifient profondément l’organisation sociale et spatiale des villages. Des conflits d’usage et de représentation apparaissent entre les personnes chargées de l’aménagement, les visiteurs et les habitants, induisant un sentiment de perte d’identité de leur territoire.

On connaît le travail photographique rigoureux de Sophie Ristelhueber, sa fascination pour les traces, les cicatrices et les stigmates produits dans le paysage, souvent lors des conflits, de Beyrouth à la Cisjordanie ou aux Balkans. Photographies organisées en séries, qu’elle restituepar des livres d’artiste intimistes ou qu’elle expose dans des installations constituées de tiragesde grands formats. Avec Le chardon, film tourné dans le Vercors, Sophie Ristelhueber propose une nouvelle expérience prolongeant son travail qui interroge, par une observation méticuleuse et une extrême attention à la forme, l’écart entre la précision du style documentaire, la mémoire et la fiction.
Le chardon est guidé par un récit emprunté à Léon Tolstoï, prologue à son roman posthume Hadji Mourad qui se déroule au début du 19ème siècle lors des guerres du Caucase. Ce texte bref, relatant un souvenir de jeunesse émerveillé par la résistance de la nature, symbolisée par la vitalité du chardon, est aussi une métaphore chez l’écrivain de la résistance aux destructions visant l’être humain.

Du texte à l’image et d’un mode à l’autre, d’un plan fixe quasi photographique à trois travellings, le film suit le rythme du texte lu par Michel Piccoli. Sophie Ristelhueber s’est attachée à la roche suintante des gorges du canyon des Écouges et aux aplats des motifs du bitume d’une route rapiécée (Départementale 218). Images fermées, sans échappée ni horizon, scrutatrices, au plus près de la densité de la matière, de ses irrégularités, habitées par le texte de Tolstoï, tout de couleurs et de sensations, qui résonne à son tour avec les images.
Sophie Ristelhueber, temps de tournage © Jacques Bouquin
Vidéogrammes du film Le Chardon © Sophie Ristelhueber

Bethan Huws

Le Parc naturel régional du Vercors est attentif à la vallée de l’Isère et particulièrement à la nationale 532 qui permet d’accéder à des communes comme La Rivière, Izeron ou Saint Pierre de Chérennes. Ces villages sont convoités par une population urbaine désireuse d’installer sa résidence principale à proximité d’un « espace de pleine nature » mais aussi d’une importante voie de circulation.
Le flux permanent entre Valence et Grenoble, entre la ville et ces campagnes, provoque des déséquilibres et pose question quant au devenir d’un paysage idéalisé mais également consommé. En outre, ce territoire voit ses espaces publics soumis à une privatisation croissante.
La demande qui a été formulée à Bethan Huws visait une double articulation entre la vallée de l’Isère le long de la Départementale 1532 (ex. Nationale 532) et une installation à la Halle de Pont-en-Royans.
Dans cette zone en partie rurale en passe de devenir un espace pavillonaire périurbain, où se joue une forte mutation des usages, Bethan Huws a porté son attention sur les échanges, les liens tissés de la ville vers les villages avoisinants ainsi que ceux de la vallée vers le plateau situé en surplomb.
D’un long travail d’écoute, d’observation, émerge une proposition à deux facettes : l’implantation éphémère de textes in situ et la commande d’une enquête auprès des usagers qu’elle passe à une sociologue. Travail qui se complète de l’invitation qui lui est faite d’interveni simultanément dans un espace d’exposition.
Soient trois phrases implantées en trois lieux visibles de la route : « on enlève ses chaussures pour traverser le ruisseau » en lettrage jaune sur un séchoir à noix à Cognin-les-Gorges, « la tondeuse est difficile à mettre en route » de couleur bordeaux dans une parcelle entourée de noyers, à la Rivière et, « au fond du cerveau il y a une fontaine » en néon à proximité d’une fontaine à Izeron. Trois phrases appartenant à des registres différents, qui jouent des échanges et des interpénétrations de l’intime, du privé et de l’espace public, offrant une approche poétique attentive aux gestes les plus simples, souvent familiers. En associant ces textes brefs, l’enquête sociologique (qui sera publiée ultérieurement au sein d’un ouvrage à paraître en 2008) et l’accumulation de photographies prises au cours de ses repérages qu’elle réunit à La Halle, Bethan Huws ouvre trois régimes de visibilité et active les liens entre image et langage. D’un même mouvement à plusieurs détentes, elle confronte nos usages et leurs représentations, elle interroge les déplacements entre espace public et espace privé, en en soulignant les glissements et les ramifications.


la tondeuse est difficile à mettre en route / Il faut enlever ses chaussures pour traverser le ruisseau / Au fond du cerveau il y a une fontaine, départementale 1532, 2007 © Atelier Bethan Huws Photo Pierre-Olivier Arnaud

Images documentaires de Dominique Obadia, la Halle de Pont-en Royans
© Atelier Bethan Huws

Publié dans Regards croisés sur les paysages 2005- 2008, Regards croisés sur les paysages : JD Berclaz, S. Histelueber, B. Huys | Laisser un commentaire

Parc naturel régional des monts d’Ardèche : Gilles Clément, Ivo Provoost & Simona Denicolai, Akio Suzuki

Gilles Clément

L’association « Sur le sentier des Lauzes » s’interroge sur la notion d’« espace sauvage », lié au phénomène de déprise agricole, et à l’impact physique et culturel de cette évolution économique. Gilles Clément, paysagiste, a été invité à réfléchir à ces questions. Autrefois, sur ce territoire, la montagne était accessible parce qu’entièrement cultivée. Aujourd’hui, l’abandon des terres se traduit par l’enfrichement et la fermeture des paysages.

Mais, par ailleurs, l’embroussaillement favorise l’apparition de nouvelles essences végétales et de nouvelles espèces animales. Certains voient cette évolution comme un repli, alors que pour d’autres elle est synonyme d’aventure et de biodiversité. Gilles Clément propose la réalisation d’un ouvrage comprenant des textes et des dessins restituant l’ensemble de la réflexion qu’il a menée sur le territoire de la vallée de la Drobie.
Parallèlement, sur le terrain, il envisage une installation sans émergence, qui serait une halte sur un point haut du sentier des Lauzes mais légèrement à l’écart de celui-ci, à proximité de la Chapelle Saint-Régis entre Saint-Mélany et Dompnac. Le site est localisé dans le climat forestier naturel des monts d’Ardèche à sol acide, donc dans la yeuseraie, milieu peu considéré, traditionnellement réservé à la sauvagine. Il se place en belvédère dont l’angle de vision contient quelques traits remarquables du paysage de l’Ardèche autour de la Drobie, et en particulier l’effet « clairière» des terres aménagées et protégées, groupées autour des villages et entourées de forêts continues dominées par le châtaignier (vue sur Dompnac, village caractéristique d’une telle configuration).
L’installation consiste en un platelage de bois, horizontal et « rampant », composé de trois plateaux, semblant couler à même la roche et se pliant à la découpe des moindres reliefs. On y accède depuis le chemin par une sorte de dérivation, perçue comme une invitation à s’engager dans la yeuseraie.
Ce sentier traverse un boqueteau de chênes émondés puis de chênes tortueux aux formes remarquables pour atteindre une lande à genêts purgatifs qui conduit à la halte.
L’objectif de cette installation est de faire apparaître la diversité végétale, de la valoriser en la désignant comme territoire du futur biologique (Tiers-paysage) et de faire mesurer par le regard l’étendue considérable offerte à cette diversité.

Gilles Clément, Le belvèdère des lichens – photo Pierre-Olivier Arnaud

Ivo Provoost & Simona Denicolai

L’espace des « clairières habitées », habitat regroupé en hameaux et villages implanté mi-pente, témoigne de l’occupation permanente depuis plusieurs siècles du territoire lequel se trouve le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche. Si autrefois l’habitation occasionnelle était due à l’activité agricole, elle est liée aujourd’hui un développement résidentiel et touristique important et prend des formes variées – restauration des clèdes et granges, accueil dans des gîtes ou des campings aménagés, installation “sauvage“ de caravanes.
Ces nouvelles pratiques et des attitudes parfois consuméristes peuvent susciter des conflits avec les zones d’habitat permanent : l’habitat occasionnel peut poser des problèmes d’intégration dans le paysage, d’inadéquation avec l’environnement, d’illégalité des installations.
Par ailleurs, cette fréquentation saisonnière rend difficile l’implication des populations temporaires dans le développement local et le respect du territoire. Ivo Provoost et Simona Denicolai se sont intéressés à la notion de propriété et ont interrogé la cohabitation entre habitants permanents et occasionnels à travers l’élaboration concept de « copropriété temporaire ».
Il s’agit d’un processus dans lequel Ivo Provoost et Simona Denicolai sont dans la position l’intermédiaire-interprète. Ce processus permettra à tous, habitants permanents ou temporaires, visiteurs occasionnels, de s’engager dans une démarche visant à questionner leur propre rapport au paysage et à le responsabiliser.
Tout commence Au Bon Port, le café du village de St Mélany (vallée de la Drobie), où est déposé un tableau sur lequel sont accrochées environ 200 clés identiques. Ces clés sont vendues le prix d’une copie : 4 euros, par Yet Vanstaen, propriétaire du café et adhérente l’association « Sur le sentier des Lauzes ». L’achat d’une clé est attesté par un contrat et donne accès à une armoire installée par Simona, sur un terrain situé sur le hameau de La Coste et mis à disposition par sa propriétairejusqu’en 2010.
Cette armoire, signe de l’aspect privatif voire presque intime de ce lieu, est vide à l’exception d’un livre d’or. Elle se présente donc comme le contenant possible, pour des durées variables, d’objets appartenants aux copropriétaires à venir et dont l’utilisation est nécessairement collective. L’armoire a également la fonction de boîte à lettres. Elle est construite en bois n’est pas positionnée dans le lieu comme une sculpture mais comme un outil faisant partie d’un dispositif plus important, s’intégrant à la façon d’un meuble dans un intérieur. L’armoire vide est l’outil qui rend, par sa présence, ce lieu accessible. D’autres éléments, partie prenante de ce processus viennent le compléter tels que l’aménagement du terrain avec les copropriétaires et l’impression d’un document qui pourra accompagner l’acquisition de la clé et donner des informations sur l’ensemble de ce travail.

Ivo Provoost & Simona Denicolai L’armoire / Tableau de clés au café Au bon port St-Melany – photo Pierre-Olivier Arnaud

Akio Suzuki

En 2007, l’artiste Akio Suzuki est invité à travailler sur la question du sentier.
Lié à un peuplement dispersé, le chemin a longtemps été considéré comme un élément fonctionnel, associé aux activités sociales et économiques. Il marque une présence, des activités de l’homme dans un environnement, établit le lien d’un hameau à un autre. Mais ce qui était chemin de nécessité s’est progressivement transformé en lieu de randonnée avec en parallèle une ouverture sur le paysage.
Toutefois, si ces mutations peuvent parfois conduire à des conflits d’usage, le chemin, ou sentier, reste le lien physique entre les hameaux, passage obligé d’une vallée à une autre, chargé d’histoire et d’imaginaire.
Akio Suzuki s’est attaché à révéler ce qui a été parfois enfoui. Pendant un mois, il a marché, exploré certains des sentiers de la vallée de la Drobie, cherchant les liens qui existaient entre les hameaux avant que les routes ne soient ouvertes. Attentif aux récits des habitants rencontrés et aux résonances sonore et visuelle, il a choisi de signaler huit points de vue et d’écoute par des « oto date » qui sont des emplacements localisés au sol par une plaque en ciment sur laquelle il a moulé un dessin représentant schématiquement « l’empreinte de deux oreilles en forme de pieds ». Puis il a demandé à trois personnes, rencontrées pendant son séjour, de choisir un lieu de localisation d’un « oto date », à Beaumont (hameau de Terre Rouge), à St-Mélany (hameaux de l’Espérière et du Charnier).
Dans la relation établie avec les caractéristiques de ce paysage, Akio Suzuki a recueilli de la terre ou des minéraux sur chacun des sites choisis afin de les mélanger au ciment et en nuancer la couleur.
Deux des « oto date » invitent à s’asseoir devant un mur incurvé, « sortes de chambres d’écoute » qu’il a construites en pierres sèches, selon le savoir-faire local. Ces haltes ponctuent un itinéraire qui part du sentier des Lauzes et s’en écarte pour ouvrir sur le Tanargue. Il sera accompagné d’une carte indiquant les emplacements des « oto date ».

Les « oto date » d’Akio Suzuki sont, pour le promeneur qui en fait l’expérience, autant d’ouvertures par le regard, de percées vers l’horizon, de liens et d’échos à percevoir, surplombant la vallée de la Drobie, au nord vers le Tanargue, au sud vers la cascade du saut de la dame et le col de la croix de fer.

Akio Suzuki, Oto-date – photo Pierre-Olivier Arnaud

Publié dans Regards croisés sur les paysages 2005- 2008, Regards croisés sur les paysages : G. Clément, I. Provoost&S. Denicolaï | Laisser un commentaire