Frédéric Héritier : Texte de Pascal Thevenet

L’exposition des travaux réalisés par Frédéric Héritier inaugure le nouveau lieu d’art 3 dont la volonté, outre la poursuite de l’aide à la production, s’inscrit dans un désir de collaborer avec d’autres structures, culturelles ou non, comme il le fait, à l’occasion de ce vernissage avec la Plage.

La souplesse de fonctionnement d’art3 prend corps dans le déroulement de cette exposition où les images de Frédéric Héritier sont dévoilées non pas simultanément mais dans une chronologie qui reprend celle de la fabrication de ces pièces. Ainsi, pour chaque accrochage, sera organisé un petit événement. La première image, intitulée Hand-Truth, sera donc visible du 19 au 31 octobre. La deuxième, Hand-Time, du 2 au 15 novembre. La dernière, Hand-Love, du 16 au 24 novembre, clôturant l’exposition Ultimawashi.

Il s’agit là du nom d’une prise de karaté dont le but est de paralyser l’adversaire. Frédéric Héritier fit un séjour dans le pays d’où est originaire cet art martial : le Japon. Il nous livre ici le résultat de recherches entreprises en France et finalisées à Yokohama sous la forme de trois images à la dimension d’affiches publicitaires. La comparaison avec le 3 x 4 s’arrête ici puisque le contenu est plus complexe qu’un slogan. La première lecture laisse apercevoir un choc de dimensions, d’échelles comme s’il y avait eu recours au filtre numérique tel que pourrait l’indiquer par ailleurs l’utilisation de la technique du jet d’encre. Il n’en est rien. Ainsi que le montre la série des Photos souvenirs, le montage ne se fait pas après la prise de vue mais bien avant, dans un souci quasi cinématographique de mise en scène des divers éléments constitutifs de la composition, des différents clichés pris au préalable dans un esprit journalistique ou touristique. C’est que Frédéric Héritier est un brouilleur de pistes comme il le déclare lorsqu’il s’exerce à analyser sa démarche : “les moteurs de mon travail sont en adéquation avec ma vie, ils s’alimentent des choses qui m’entourent afin d’être à chaque fois les plus justes […] Cela m’oblige à être polymorphe, en dehors de toute logique (acteur, photographe, chanteur, imitateur, alchimiste, vidéaste, terroriste, couturier, sculpteur, dessinateur etc)”.
Qu’a t-il pu donc se passer pour élaborer Hand-Truth ? Frédéric Héritier est à Lyon, l’appareil en bandoulière. Par le plus grand des hasards, composante incontournable de ses actions, il croise le cortège du président chinois, Liang Xiaming. Alors il mitraille. Ces prises de vue seront stockées jusqu’à ce qu’il en soit fait l’utilisation la plus juste. Cette occasion se présentera à Yokohama alors qu’il est en résidence. L’occasion fait le larron. La situation fait l’œuvre. Les clichés sont installés telles des figurines et disposés devant une assemblée d’enfants qui pourraient jouer avec. Les images se désacralisent. Puisqu’elles sont fichées sur des socles, elles tombent de leur piédestal. Elles perdent de leur pouvoir hypnotique malgré la gravité de ce qu’elles montrent. Frédéric Héritier fabrique une image qui montre des images, une image d’enfants asiatiques qui dominent des photographies de pourfendeurs des droits de l’homme, une image d’innocente bienvenue qui surplombe le spectacle du pouvoir. Le rideau peut s’ouvrir.
Les mêmes principes d’inclusion et de décalage de sens commanditent Hand-Time et Hand-Love. Pour la première, la mise en scène n’a plus lieu sur une table à l’école. L’artiste a choisi une vaste vitre d’une galerie d’art, derrière laquelle se déroule un espace urbain japonais, exposé dans son ambiance, dans ses couleurs nocturnes. Le montage met en exergue le rapport entre l’animal, la nature, considérés comme inférieurs, donc domestiqués, et la technologie, qui, dans son principe, nous échappe, donc nous domestique. Le mystère de l’humain dominant/dominé est ici montré ironiquement dans un simulacre de lévitation.
Hand-Love dévoile la confrontation de deux mondes dans un climat artificiellement romantique, symbolisé par le cliché du lever de soleil sur Paris, capitale mondiale de l’amour. Ces deux mondes sont à la fois ceux de la femme et de l’homme ; du Japon et de l’Europe ; de la création, qui se conjugue de plus en plus au féminin, et du pouvoir, qui, malgré la parité, reste très majoritairement masculin ; enfin, ces deux mondes sont ceux de l’art et de l’argent. Il s’avère que cette confrontation se décale vers un affrontement entre deux enfer. (extrait)
Pascal Thevenet

 

 

Frédéric Héritier est né en 1973. Il vit et travaille à Paris et Nogent-l’Artaud. 

Etudes
1991 Diplôme de dessinateur d’exécution (Ecole Corvisart, Paris)
1994 DNAP à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Valence
1997 DNSEP à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Valence
99/2000 : Post-diplôme à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon
Expositions
1997-1999 Bruits Secret, CCC de Tours
Manager de l’immaturité, Le Magasin à Grenoble
Workshop, BF15 à Lyon
Inter-écoles 6, Centre d’Art Contemporain Rueil-Malmaison
Le Voyage Immobile, Galerie Vallois à Paris
Workshop, Public à Paris
Oh les beaux jours, Square des Batignolles à Paris
Les Proverbes, art3 à Valence
Assis de préférence, Ecole Régionale des Beaux-Arts de Valence
Premier prix au festival de vidéo du MAC de Lyon
Cahiers de vacances, Château de Bionnay à Lacenas
Les cadeaux de noël et bio-actifs, Radio France Culture
Festival vidéo Bandit-mages à Bourges
Wonderland TV, CICV à Belfort

 

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