Texte de Andreas Opiolka

En tant que plasticien, je me demande souvent comment renouveler mon travail artistique sans tomber dans l’automatisme ou être entraîné dans le tourbillon d’une esthétique répétitive. Pour éviter cet écueil, j’élabore en permanence de nouveaux concepts sous la forme de structures répondant à des paramètres tantôt figés, tantôt ouverts, parfois définis par le hasard. Le « voyage artistique » pourrait être une constante dans mon travail, il permet d’associer l’idée d’une nouvelle série avec une destination précise, qui se transforme alors en une nouvelle variable. L’interaction produite par ces systèmes de règles complexes donne lieu à des travaux pour lesquels l’aspect formel ne peut être prévisible. Bien que tout soit explicable au stade de la conception, le résultat pictural demeure, avant la réalisation, un mystère du fait de la complexité de sa structure interne.
Le hasard voulut qu’au cours de l’automne 2000, alors que je venais de résoudre la question des formats d’une série de 21 travaux grâce à divers calculs à partir du nombre Pi, de la section d’or et de la constante d’Euler, j’appris que j’avais obtenu la bourse de séjour de trois mois à Valence, dans le cadre des échanges d’artistes entre le Land du Bade-Wurtemberg et la région Rhône-Alpes. Par une heureuse coïncidence, j’eus la chance d’obtenir une carte IGN du département de la Drôme. Alors que j’étudiais cette carte et sa légende, le hasard me fit, de nouveau, découvrir que, si on prenait la totalité des localités de la Drôme, celles-ci commençaient par vingt et une lettres de l’alphabet (en considérant que que les lettres « E » avec ou sans accent sont deux lettres différentes). Cette coïncidence m’a tout naturellement conduit à développer le principe de la nouvelle série lors de mon séjour à Valence. Avant la fin de l’année 2000, je déterminai par tirage au sort vingt et une localités dispersées dans tout le département de la Drôme, qui allaient constituer le point de départ de mon projet ; il s’agit des localités suivantes : Aleyrac, Bésignan, La Cure, Dieulefit, Espénel, Érôme, Fay-le-clos, Gumiane, Hauterives, Izon-la-Bruisse, les Jaux,Laval-d’Aix, Montélier, Nyons, Ourches, Pradelle, la Roche-sur-le-Buis, St.-Maurice-sur-Eygues, Teyssières, Upie et Vercoiran. A chacune de ces villes et localités j’attribuai un format parmi les vingt et un formats de tableaux préalablement établis ; il en résulta une série de couples « localité / format » qui constitue le noyau du Projet Drôme. D’autres éléments concernant la conception vinrent s’ajouter avant le début de ma résidence, en mai 2001, tous définis toutefois selon un même principe : je ne savais pas ce qui m’attendait dans ces vingt et une localités, ni comment j’allais réagir, une fois sur place, aux signes qui me parviendraient. Finalement, le projet a abouti à un « portrait » très personnel et très singulier [atypique ?] du département de la Drôme ainsi qu’à un grand nombre de dessins et de photographies.
Chacune des vingt et une « localités de référence » est représentée par un ensemble constitué de quatre éléments distincts, ayant chacun un traitement pictural différent. Il en résulte une sorte de code d’identification de chaque lieu, code certes quasiment indéchiffrable, mais précis et impossible à confondre avec d’autres. Dans la mesure où,sur place, le travail d’observation et de perception a été directement confronté à des structures n’ayant absolument aucun rapport de dépendance avec les lieux en question, et à des « contraintes », (pour reprendre un concept cher à l’Oulipo), dans une proportion et une diversité qui m’étaient encore inconnues jusqu’alors, on peut dire que le Projet Drôme a contribué à ce que je me « situe » moi-même.
Andreas Opiolka (Traduction de Judith Yacar).

 

Andreas Opiolka est né à Stuttgart en 1962 où il vit et travaille.1982-1989 études d’arts plastiques à l’Ecole des beaux-arts de Stuttgart dans les classes des professeurs Groß, Schellenberger et Dreyer
1986-1989 études de germanistique à l’Université de Stuttgart
depuis 1988 expositions régulières
1989 diplôme de fin d’études
1990-1991 obtention d’une bourse du Land accordée par le Bade-Wurtemberg
1991-1995 Groupe L
1991-1994 maître de conférences invité à l’Académie européenne des beaux-arts de Trèves (peinture et théorie de la couleur)
depuis 1994 coopération régulière avec la graphiste Philippa Walz
1992-2000 assistant chargé de la formation artistique générale des étudiants débutants du professeur Dieter Groß à l’Ecole des beaux-arts de Stuttgart
2000/01 chargé de cours dans le département de communication visuelle à la Fachhochschule de Pforzheim
2001 obtention de la bourse d’échanges entre le Bade-Wurtemberg et Rhône-Alpes à Valence, à art 3 et à Moly-Sabata.

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