Régines et ses copines

C’est en mars dernier qu’art3 proposait à Régis Pinault un projet d’été, lui donnant carte blanche. Ainsi est née sa proposition, celle de regrouper des artistes, des attitudes, des postures, légères, colorées et drôles.
Les artistes invités, Thomas Bauer, Patrick Guns, Benoit Platéus, Pierre Tatu et Christophe Terlinden, ont très vite réagi à l’idée d’un esprit franco-belge plutôt fondamental -les fondamentaux-, libre et loin des règles, des schémas conventionnels.
Le titre de l’exposition tente d’ailleurs d’exprimer cette atmosphère ludique, atmosphère de dérision et de distanciation. Régis, alias Régine, et ses copines, des artistes qui jouent, qui plaisantent, en prenant toujours soin de s’éloigner d’une réalité trop sérieuse, voire sclérosée. Et comme l’absence féminine se fait un peu sentir au milieu de ce groupe de garçons, Christophe Terlinden, le premier, va féminiser le prénom de ses compagnons, histoire de lâcher prise. Mais la mise à distance n’exclut pas l’implication et l’investissement des artistes. Au contraire, c’est avec sérieux qu’ils ont réagi, dialogué, proposé, échange permanent avec art3. Appropriation de la proposition, capacité réactive. Découvrant Valence, rencontrant et ressentant la ville, les artistes ont désiré ouvrir l’exposition en pénétrant l’espace même de la cité, comme un glissement de territoire, un mélange de possibilités.
Cette exposition ne regroupe pas un collectif d’artistes, elle propose un accrochage de détournements, de démarches et d’engagements singuliers. Un croisement de personnes et de pensées, un travail collectif, des œuvres ou des installations communes, des dialogues, des résonances, des liens tissés auparavant. Et la trilogie s’impose naturellement, semblable à la fragmentation classique et stable d’une présentation qui serait liée à l’action, au temps et au lieu.
action
C’est tout d’abord le travail commun de trois entités, Régis Pinault, art3 et les artistes, travail, échanges, discussions. Action triangulaire qui pourrait se répéter à l’infini tissant alors la trame sur laquelle va germer et croître le principe de l’exposition.
temps
Puis la trilogie s’étend vers la notion de temps. Comme un cheminement logique d’étude, de travail et de vie, l’exposition se déroule en trois temps, art3, la Bourse du Travail, une publication.
Tout d’abord, trois artistes, Régis Pinault, Benoit Platéus et Pierre Tatu, réunis à art3 dans ce que l’on pourrait nommer de poumon, de cœur ou de centre nerveux (d’autres l’appelleront la mamelle…). Et les artistes cherchent, expérimentent, trouvent, présentent, proposent, exposent. Ils partagent un même espace, ils l’investissent ensemble. Une possibilité de dialogue s’installe alors, un rebondissement, une réaction, une interaction entre les personnes et les travaux. Les contacts se poursuivent aussi avec les artistes restés à Bruxelles et à Paris.
Le partage des informations s’active librement, tel un laboratoire où l’expérimentation est le véritable continuum ou vortex du flux vital.
Plus tard, après un temps défini et décidé par l’ensemble des acteurs, les voix commencent à se faire entendre. Les œuvres se glissent à travers la ville. L’exposition va alors gagner la Bourse du Travail, le CRAC et le Champ de Mars. Trois notions, trois espaces, trois lieux différents puisque le souhait de Régis Pinault est d’ajouter un panel plus vaste de consciences perceptives proposant au spectateur un rapport corps/espace ouvert et fluide.
lieu
C’est d’abord art3 qui est investi, utilisé tel un chantier où les idées vont fusionner, où l’on attend du spectateur une réaction en rapport à une construction et à une constitution d’objets. Un lieu où l’on expérimente la couleur, la transparence, la lumière, les reflets. Où l’on s’interroge sur la perception du réel, sur la perception d’un soi, sensible aux ambiances et à l’espace environnant.
Puis c’est au tour de la Bourse du Travail d’accueillir les visiteurs. Non loin d’art3, ce lieu propose la suite et le résultat des dialogues ouverts entre les différents artistes, Patrick Guns, Régis Pinault, Benoit Platéus et Pierre Tatu. Travaux individuels ou accrochages collectifs, installations, objets, photos, projections, voici venu le temps de découvrir le fruit d’une réflexion commune.
Mais cette manifestation ne s’arrête pas là. Il est important pour Régis Pinault, les artistes et art3, de sortir du cadre conventionnel d’un espace d’exposition, d’utiliser les espaces intérieurs et extérieurs, le noir d’une salle de cinéma et la lumière d’un espace urbain. Le in et le out qui créent l’équilibre du projet. Proposer au spectateur une action, une participation, une réaction par rapport au corps, à l’espace et au temps. Le désir aussi de sentir un engagement, une synergie d’esprits et d’attitudes au sein d’un même environnement, d’une même cité. L’extension de l’atelier va donc gagner le CRAC pour la projection de films de Thomas Bauer, le vendredi 5 juillet en continu de 18h30 à 20h et deux séances le samedi 6 juillet, à 18h et à 21h. Et c’est au Champ de Mars que l’on pourra apprécier l’intervention sonore de Christophe Terlinden.

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