Entretien avec Cyril Behncke

Sylvie Vojik : Comment abordes-tu cette exposition à art3 ?

Cyril Behncke : Avec beaucoup d’enthousiasme et pas mal d’appréhension. C’est une occasion pour moi de donner corps à un projet que j’élabore depuis quelques temps dans la continuité de précédentes réalisations. Une configuration qui ouvre des pistes intéressantes en enrichissant le vocabulaire des formes que j’emploie. Les premiers jets, à travers les maquettes que je t’avais montrées, me paraissaient concluantes. Et je suis vraiment curieux de me confronter à ce travail dans l’échelle que je lui envisage, une échelle plus humaine. L’espace d’art3 est riche de détails qui peuvent entrer en résonance avec mes installations et les enrichir d’une manière que je devine mais ne saisis pas encore tout à fait. En fait je suis surtout impatient de voir les travaux installés. Voir ce qu’ils sont, ce qu’ils me proposent dans cet espace et pouvoir projeter de nouveaux projets à partir de ce point.
Le délai est très court pour mettre tout ça en œuvre et laisse assez peu de place aux erreurs. Le bois que je travaille en ce moment préfère fendre plutôt que de se plier à mes attentes. Il faut s’adapter, jouer de réglages, être réactif, décisif. C’est assez stressant mais le mouvement qui en résulte est productif.

S.V. : Quels sont les matériaux que tu utilises dans ton travail et comment sont-ils agencés ? Et peux-tu préciser cette relation que tu entrevois entre tes œuvres et l’espace dans lequel elles sont montrées ?

C.B.: J’utilise principalement le bois. Il m’arrive d’utiliser de la toile pour certains travaux plus en lien avec la peinture ou encore le papier. Toujours avec l’intention d’en conserver un aspect brut. Le travail du bois s’accorde bien aux formes géométriques présentes dans mon travail. Il s’agit généralement de rendre compte d’une projection perspective, mais en la développant en volume sur une petite profondeur. De sorte que la projection ne reste pas plane, elle en devient ambigüe. On pourrait penser aux anamorphoses comme l’illustrent très bien les travaux de George Rousse ou Felice Varini ; seulement les formes que j’élabore ne proposent pas de point de vue privilégié. Il ne s’agit pas d’un motif qui serait appliqué à un espace mais plutôt d’un espace projeté visuellement, par une construction perspective dans l’espace physique. Le rapport qui est alors mis en place entre ces deux espaces que l’on pourrait nommer espace mental et espace concret, se développe dans l’espace d’exposition à différents degrés. Il n’y a pas de point de vue unique à partir duquel l’ensemble serait plus cohérent qu’ailleurs et récompenserait un temps d’exploration. Mais plutôt un champ ouvert de particularités. Je me sens en ceci assez proche des propositions des Minimalistes quand ils cherchent à rendre compte de l’espace en proposant des installations qui appellent à un déplacement autant physique que mental. L’appréhension par l’expérience.
Dans cette optique, l’espace d’art3 est riche en informations. Le carrelage, non sans rappeler les exercices de composition spatiale des peintres anciens, inscrit déjà dans l’espace des lignes de fuite et donne à voir certaines particularités du lieu. Ce sera certainement un élément important. J’ai l’habitude d’accrocher mon travail dans des décors épurés où le contraste est frappant entre le lieu et le travail, faisant la part belle au travail, à son appréhension et aux outils perceptifs qui nous permettent d’accepter l’illusion d’un espace par la projection. Je pense que ce sera différent ici, que le lieu tiendra plus fermement sa position. Et ça ne pourra en être que plus intéressant.

Cyril Behncke né en 1983, vit et travaille à Valence. Il est diplômé de l’ÉSAD •Grenoble •Valence (2013 – DNSEP option art avec félicitations).
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EXPOSITIONS  2015    Opinion(s) et perspective(s), art3 ; Untitled, Espace Vallès, Saint-Martin d’Hères (exposition collective) 2014    Exposition organisée par les Itinérances des poissons rou        ges, Pavillon de Latour Maubourg, Valence ; Vestiaire des formes, dans le cadre de «Intuitio – Colloque du laboratoire des « intuitions », ESAAA, Annecy ; Un futur arrivé à son terme, LeTranspalette, Centre d’art contemporain, Bourges coproduction  l’ÉSAD •Grenoble •Valence et Transpalette ; 2013    Vient de sortir, ÉSAD •Grenoble •Valence •Grenoble ; 2013  Vient de sortir, ÉSAD •Grenoble •Valence

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