Charlotte Moth & Mo Laudi

Décalage
art3 Valence, France

La villa Noailles, à Hyères, en France, est une villa moderniste conçue par l’architecte Robert Mallet-Stevens entre 1923 et 1927. Située en haut d’une colline, elle surplombe la mer. Construite dans les ruines d’un ancien monastère, c’était une maison d’hiver conçue avec tout le confort. Pôle d’avant-garde, elle a attiré de nombreux visiteurs internationaux issus de disciplines diverses – plasticiens, designers, danseurs, artistes, musiciens – qui, invités par ses mécènes Marie-Laure et Charles de Noailles, révèlent un riche aperçu de l’époque inspirée et troublée de son apogée, et une créativité qui a tracé la voie d’un héritage moderniste et surréaliste en France.

La maison était un lieu de changement, ses intérieurs ont évolué avec les invitations de ses propriétaires visionnaires. Un espace en mutation. Son jardin peut être divisé en deux parties, le jardin moderniste dessiné par Gabriel Guevrekian et un côté méditerranéen plus sauvage, ses graines et ses plantes échangées et troquées, plantées librement, mais en même temps minutieusement consignées par Charles de Noailles dans son journal de bord.

Dans la maison se trouve une pièce dédiée à l’arrangement floral, une petite pièce d’à peine plus d’un mètre carré, elle dispose d’un évier, d’une fenêtre, d’une lumière, d’un endroit où l’on se tient à peine. Ce qui est intéressant dans cette pièce, ce sont ses murs, peints d’un motif géométrique conçu par Theo Van Doesburg. Lors d’une visite de la villa avec Mo Laudi, j’ai été frappée non seulement par la fonction de cette pièce, par la façon dont elle servait la maison, mais aussi par les erreurs relevées sur sa peinture murale par un groupe d’étudiants en architecture de Rotterdam. Du ruban adhésif marque l’endroit où les lignes auraient dû être… Von Doesburg s’est trompé dans ses mesures, car il n’a jamais visité la villa, mais a envoyé un dessin et des instructions à la place. Faire une peinture murale qui n’est pas à sa place, déplacée… décalée dans l’espace. Comme les plantes et les fleurs elles-mêmes qui sont coupées et déplacées de leur environnement naturel, elles entrent dans l’espace abstrait de la « Salle aux fleurs » , devenant des compositions visuelles et picturales : nature morte.

Nous nous sommes levés à l’aube, quand les oiseaux ont commencé à chanter. Les enregistrements de terrain de Mo Laudi mêlent le chant des oiseaux dans le jardin, une écologie ambiante, ses échos, les proximités et les murmures lointains de la communication des oiseaux. Linguistiquement complexe et musicale, la partition permet au son de devenir un matériau, où des éléments non musicaux se mêlent aux basses fréquences et aux ondes sonores des oiseaux migrateurs. J’ai photographié le jardin au fur et à mesure de l’apparition de la lumière. Nous cherchons tous les deux à créer un espace d’échange. Dans la salle d’exposition d’art3, un paysage sonore composé de plusieurs couches remplit l’espace, ses silences étant aussi riches que le chant des oiseaux qui apparaît et s’efface. Les murs ont une partition visuelle déplacée, le son déconstruit traverse en stéréo comme une ligne zigzague et divise l’espace en couches.

Décalage met en évidence divers glissements, dérapages, intervalles, des retards physiques, abstraits et sonores, des espaces où des interprétations créatives se produisent pour se connecter à travers le temps. Une vision, un lieu, des signaux émis, des instructions spécifiques se transforment et sont réécoutés pour être à nouveau reçus.

 

 

 

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